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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 20:49
Le chant de Majia-Kanbo

 

Le chant de la sorcière Majia-Kanbo, reconstitué à partir de plusieurs témoignages, cherche naïvement à transporter l’auditeur vers les limites du surnaturel et de l’absurde.

 

Leloa: Arri,  trost-trost-trost...trost!

 

198- Mendian ibiltzeko, Majia-Kanborekin,

Asto bat erosi dut, hiru zangorekin!

Arri...

 

Asto horrekin barda, behanta bainien,

Oren erdi bat gabe, izan nuk Miarritzen!

Arri...

 

Berrehun mila andre, lau mila alargun,

Harat etorri dituk, atzo eta egun!

Arri...

 

Erdia zaldiz eta, zonbait ere mandoz,

Mandorik etzienak heldu zukan astoz!

Arri...

 

Itsasoan hasi tuk arbolen landatzen,

Han, itsiak ikusi etxe bat erretzen!

Arri...

 

Zango-motzak, lasterka, uraren ekartzen,

Mutiak, garrasika, jendiaren biltzen!

Arri...

 

Ehun orga iratze, ehun orga lasto,

Nausiak ekarri tik suiaren hiltzeko!

Arri...

 

Haren su-emailia, hartu diat atzo,

Ixkilim-untzian duk, barne hortan preso!

Arri...

 

Zumeta José Luis Ohialean olioz 200x180, 1991

José Luis Zumeta, oihalean olioz, 200x180 zmt, 1991

 

Pour aller dans la montagne, avec Marie-Cambo,

J’ai acheté un âne, à trois pattes!

Hue...

 

Avec cet âne, hier soir comme j’étais en retard,

En moins d’une demi-heure, je suis allée à Biarritz!

Hue...

 

Deux cent mille dames, quatre mille veuves,

Sont arrivées là-bas, hier et aujourd’hui!

Hue..

 

La moitié à cheval, et quelques-unes à dos de mulet,

Celles qui n’avaient pas de mulet venaient à dos d’âne!

Hue...

 

Dans la mer, elles ont commencé à planter des arbres,

Là-bas, l’aveugle a vu une maison brûler!

Hue...

 

L’amputé des jambes, en courant, apportait de l’eau,

Le muet, en criant, rassemblait les gens!

Hue...

 

Cent charrettes de fougère, cent charrettes de paille,

Le propriétaire les a apportées pour éteindre le feu!

Hue...

 

Son incendiaire, je l’ai appréhendé hier,

Dans l’étui à épingles, il est à l’intérieur, prisonnier!

Hue...

 

Source: 1/ Mes souvenirs d’enfance de 1920 à 1926, famille Duny-Pétré/Carricaburu, rue d’Espagne, à Saint-Jean-Pied-de-Port. 2/ Famille Idieder/Duhalde, 1954, à Iholdy.

A propos de Biarritz,  demeure une vieille coutume superstitieuse du Pays Basque intérieur, selon laquelle, le deuxième dimanche après l'Assomption, la population des villages se rendait par groupe à Biarritz afin de se baigner sur la fameuse «Plage des Basques». Ils entraient tous dans la mer en se tenant par la main, et formaient ainsi une longue chaîne qui résistait aux vagues. Je puis témoigner qu’au début de ce siècle, et jusqu’à la guerre de 1914, ma grand-mère, originaire d’Aincille, ne manquait jamais d’aller séjourner à Biarritz avec ses enfants, pour y prendre une série de neuf bains... Je ne sais plus à quoi correspondait ce chiffre, mais il était paraît-il nécessaire de se baigner ainsi afin d’être bien portant pendant une année. D’ailleurs, au cours de mon enfance, ma mère m’a fait suivre scrupuleusement les mêmes habitudes.

Enfin, cette chanson appelle les remarques suivantes:

—1/ Constatons tout d’abord que le tutoiement est ici masculin. Mais il peut très bien être mis au féminin en remplaçant certains k par des n. Tout dépend, en effet, du sexe de la personne à laquelle s’adresse le chanteur.

—2/ Signalons certains dictons caractéristiques de villages et relatifs à la sorcellerie, le tout recueilli par Vinson au XIXème siècle dans la province de Labourd. (68)

 

199- «Oro sorgin Miarritzeko!»

«Sorginkeria Miarritzeko!»

«Dena sorgin Getariako!»

«Sorgin beldur hainitz Jatsuko!»

Tous sorciers, de Biarritz!

Sorcellerie, de Biarritz!

Tout sorcier, de Guéthary!

Beaucoup de peur des sorciers, de Jatxou!

 

—3/ A l’époque où ces couplets fragmentaires de Majia-Kanbo ont été rassemblés entre 1950 et 1965, ils servaient encore à amuser les petits enfants qui montent sur les genoux de leurs parents afin de se donner l’illusion d’une chevauchée. Mais cette fois, au lieu de: Arri, arri, mandoko! nous avons le refrain: Arri, trost-trost-trost... trost! Le dernier trost étant nettement détaché des précédents, sans doute pour mieux imiter la démarche boîteuse que doit avoir l’âne fantastique des sorcières, puisque, selon les superstitions, il n’avait que trois pattes: hiru zangorekin!

 

(68) Julien Vinson: Le folk-lore du Pays Basque, Paris, 1883, pages 225 et 228.

 

Zumeta José Luis Ohialean olioz 200X180 1991

José Luis Zumeta, Oihalean olioz, 200x180 zmt, 1991

 

Les prières plus ou moins superstititieuses

 

Les éternuements

 

Comme certains de leurs voisins pyrénéens, les Basques aussi éprouvent le besoin de conjurer le mauvais sort dès qu’une personne éternue. Voici, par exemple, deux formules qui caractérisent bien cette superstition:

 

200- Dominixtekun!...

Ehun ostikun!... (69)

Dominixtekun!...

Cent coups de pied!...

 

201- Ehun urtez!...

Oilar bat egunian janez,

Haur bat urtian eginez!

Pendant cent ans!...

En mangeant un coq chaque jour,

En faisant un enfant chaque année!

 

Ces expressions ne présentent rien de très original, si ce n’est le plaisir que semblent éprouver les Basques à faire suivre l’éternuement d’exclamations versifiées et joyeuses. Dans la première formulette, il s’agissait de trouver, coûte que coûte, une rime à la déformation bizarre de «Dominus vobiscum». Dans la seconde, nous avons en somme l’exaltation de la joie de vivre, dans ce qu’elle a de plus simple et de plus naturel.

 

(69) Au lieu de ostiko, on a placé ostikun, afin d’obtenir une rime en un.

 

Karel Appel Enfants interrogateurs

Karel Appel : Enfants interrogateurs, 1949, Huile sur toile, 103 x 63 cm, Coll Stedelijk Museum, Amsterdam 

 


Les saints protecteurs du foyer

 

Le soir, avant d’aller se coucher, la dernière personne qui s’attardait devant la grande cheminée devait recouvrir de cendres les braises incandescentes, tout en prononçant à mi-voix une certaine formulette en guise de prière. Habituellement, c’était à la maîtresse de maison que revenait ce rôle.


Brève prière à Saint-Pierre:

 

202- Jon Doni Petiri,

Zain otoi su hori!

Gaitza jin baladi,

Urrun egon bedi!

Saint-Pierre,

Veillez, je vous prie, sur ce feu!

Si le malheur venait,

Qu’il reste loin (d’ici)!

 

Variante avec Saint-Blaise :

203- Jon Done Baladi

Nik suia estali !

Gaitz bat jin baledi,

Bortan geldi bedi!

Saint-Blaise,

Moi, j’ai recouvert le feu! (70)

Si le malheur venait,

Qu’il reste à la porte!

(70) Dans l’ancienne maison basque, le geste qui consistait à recouvrir les braises avec de la cendre était cependant motivé par les raisons pratiques suivantes. On s’assurait ainsi qu’il n’y avait plus de flammes, donc plus de danger d’incendie pendant la nuit. Le lendemain matin, la maîtresse de maison pouvait ainsi retrouver quelques braises incandescentes sous la cendre, ce qui lui permettait de rallumer plus facilement le feu. Il y a là, probablement, la réminiscence d’un rite très ancien, puisqu’il rappelle la religion païenne, avec le feu sacré et les vestales. Nous pouvons y trouver la trace très nette des antiques divinités nocturnes de la mythologie basque, étant donné que :

1/ Le cycle légendaire des laminak concerne souvent le foyer des Basques, et recommande à l’etxekandere de laisser tous les soirs, devant l’âtre bien propre, quelques restes de nourriture afin que la divinité protectrice puisse se restaurer.

2/ Le cycle légendaire de Basa jauna invite les bergers à observer une attitude semblable, car pendant la nuit, c’est le dieu des bois et des montagnes qui veillera seul sur l’etxola, l’outillage et le troupeau.

Source : famille de ma grand-mère, Carricaburu/Chiramberro à Aincille, fin du siècle dernier; et mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1930, famille Broussain/Harguindeguy, épicerie-auberge de Lécumberry.

Aldude 6 Picabéa

Le feu salutaire de la Saint Jean

 

Chaque année, pour la Saint-Jean, un immense feu de branches brûlait dans la nuit noire à Saint-Jean-Pied-de-Port, devant les remparts de la Porte d’Espagne. La population s’amassait en cercle autour du foyer. Dès que les flammes commençaient à baisser, toute la jeunesse se précipitait pour sauter par-dessus le feu en criant:

204- Xarnafera!...

Huna barnerat,

Gaitza kanporat!...

Sarna fuera!...

Le bien dedans,

Le mal dehors!...

De leur côté, les spectateurs eux-mêmes reprenaient en choeur cette formule, tandis que de joyeux irrintzinak semblaient monter vers le ciel étoilé comme pour accompagner les volutes de fumée et les gerbes d’étincelles. Chez les gamins qui, comme moi, s’élançaient au-dessus du foyer, le mot xarnafera était incompréhensible. Beaucoup plus tard, j’ai appris la signification exacte de ce vieux rite épurateur. Xarnafera ne serait que la déformation de l’expression espagnole sarna fuera!, que la gale sorte!

Source: mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1926. Famille Duny-Pétré/Carricaburu, rue d’Espagne à Saint-Jean-Pied-de-Port.

 
Les morts du cimetière basque

 

Au Pays de Cize, et sans doute ailleurs, quand on pénétrait dans un cimetière, on devait non seulement faire le signe de la croix, mais aussi réciter à voix basse cette sorte de formule de politesse:

205- Agur hilak, gure aintzinekoak!

Ziek, gu bezala izanzireztenak,

Gu, ziek bezala izanen girenak,

Lo hun bat eman dautziela Jinkoak!

Salut les morts, nos devanciers!

Vous qui avez été comme nous,

Nous qui allons être comme vous,

Que Dieu vous donne un bon sommeil!

Eta Jinkoak benedika gitzala

Gure etxe eta ardi behiekin.

Et que Dieu bénisse notre maison

Avec ses brebis et ses vaches.

 

Un ton à la fois familier et respectueux de ce modeste quatrain, comme une sympathie profondément humaine se dégagent de ces mots tout simples. Dans la plupart des villages basques, le cimetière se trouve au milieu de l’agglomération, autour de l’église. La formule ci-dessus a probablement pour origine un des nombreux préceptes religieux et que nos curés de campagne apprenaient aux petits du catéchisme. Tous les enfants basques de ma génération ne passaient jamais devant les croix de carrefour ou les stèles funéraires isolées au bord des chemins sans ralentir leur marche et se signer.

Source: famille de ma grand-mère Carricaburu/Chiramberro, à Aincille, fin du XIXe siècle.

 Karel Appel Cri de la liberté

Karel Appel : Esquisse pour "Le cri de la liberté", 1948, crayon de couleur sur papier, 40 x 29 cm.

 

 

 

H

 

UNA hogoigarren mende hastapenean Iparraldean erabiliak ziren besteak beste haur kantu, joko eta erranaldi bilduma. Batzu ezagunak dira, beste batzu aldiz gutiago. Pierre Duny-Pétré-k bildu zituen xeheki Baxenafarroan eta Xirula Mirula deitu liburuan osatu. Idatzi bakoitzarekin batean aurkituko ditutzue erranaldiaren argitasunak, ixtorioa, bere ingurumen kulturala eta soziala, bere erteko manera, etabar. Geroztik lan hori emendatua izan da izkribu parrasta bateri esker, obra agortuetan hartuak : Baratzabal kondaketan Xuberoan gaindi bezala edo sekulan ez den agertua izan Maite Laporte Arramendy-ren lana (Luhusokoa). Agian testu horiek denek ber piztuko dituzte gure xaharren oroitzapenak eta zendako ez Euskal Herrian egiten zen bezala berriz hondoko hazaldieri helaraztea ahozko ohidurak. Edo egungo artista edo kantariek beretu eta balia lezakete obra berriak asmatzeko zergatik ez. Hau da liburu huntan partehartu duten egileen nahia. 

 

 

V

 

OICI un bouquet de comptines, chansons d’enfants, formulettes et ritournelles, jeux et expressions, en usage en Pays Basque Nord au début du XXe siècle. Quelques-uns sont connus, d’autres beaucoup moins. Ils ont été patiemment recueillis en Basse Navarre par Pierre Duny-Pétré et rassemblés dans son ouvrage Xirula Mirula. Chacun des textes est le plus souvent accompagné d’une explication sur son sens, son environnement culturel ou social, la manière de le dire, etc. Ce travail est complété par un ensemble de documents, soit extraits d’ouvrages épuisés, soit inédits, tels que Baratçabal raconte (province de Soule) ou bien encore le recueil de Maite Laporte-Arramendy (Louhossoa). Puissent tous ces documents raviver la mémoire des plus anciens et permettre à nouveau que le souffle chaud, amoureusement transmis de la tradition orale, reprenne son cours en Pays Basque, d’une génération à l’autre. Ou qu’artistes et chanteurs d’aujourd’hui s’en emparent et recréent du neuf… Tel est le vœux le plus cher des auteurs de ce livre.

Ikastola Xirula Mirula

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Published by Pierre Duny-Pétré
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Présentation

  • : Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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