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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 20:53

Le transport de l’eau

 

Seules quelques gravures du XIXe siècle, ou encore quelques photos, peuvent aujourd’hui nous rappeler vaguement la corvée que représentait pour les femmes le transport de l’eau potable à la maison. Car la source, sans être toujours éloignée, se trouvait habituellement dans un bas-fond, dont il fallait au retour escalader la pente... Quoi qu’il en soit, à l’époque révolue des pegarrak et des ferretak, on commandait ainsi aux jeunes filles d’aller chercher de l’eau, alors même que tous les enfants s’amusaient à crier ces vers en courant à la fontaine:

165- Kukubian, kukubian!...

Zer berri sukaldian?

Urik ez pegarrian,

Ba bainan iturrian!...

Kukubian, kukubian!... (48)

Quoi de neuf à la cuisine?

Pas d’eau dans la cruche,

Oui mais dans la fontaine!...

 

(48) Exclamation enfantine que l’on pourrait rapprocher de kuku-miku ! C’est le cri poussé par les enfants qui jouent à cache-cache, alors que vont commencer les recherches. Ici, il s’agit également de découvrir ce qui manque dans la cuisine.

Source: mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1930, famille Broussain/Harguindéguy, épicerie-auberge de Lécumberry.


Emazte peharrarekin 1 kolorezkoa


Les ennuis de la cuisinière

 

Nos jeunes générations pourront-elles encore imaginer ce que furent, dans la maison basque: sukaldia, hautstegia, laratza, nexkatoa, gerrena, ainsi que tous les autres ustensiles qui constituaient un monde autour du foyer? Ce monde, c’était celui de la mère de famille, etxeko anderia. Car c’était elle qui régnait sans partage sur le domaine du feu et de la nourriture.

Que de petits drames quotidiens autour de ce feu, qu’il fallait non seulement allumer de bonne heure, mais surtout entretenir sans relâche jusqu’au moment du repas! La moindre distraction était alors sanctionnée par un gâchis irréparable, dont la maîtresse de maison endossait la responsabilité. Voici, par exemple, le dialogue qui se serait produit un matin entre la cuisinière négligente et le chou qu’elle avait mis à cuire:

166- Etxekanderiak:

— Aza tzarra, zergatik ehiz egosi?

Azak:

     Alfer handia, zergatik ez nun nahasi?

La maîtresse de maison:

—Vilain chou, pourquoi ne t’es-tu pas cuit?

Le chou:

—Grande paresseuse, pourquoi ne m’as-tu pas tourné et retourné?

 

Mais lorsque la soupe est bonne, avec quel plaisir la maîtresse de maison reçoit les compliments! Pourtant, ces éloges ont fini par devenir classiques chez les Basques, puisqu’ils ont été réduits à de banales formules de politesse, tournées d’ailleurs en dérision, de la manière suivante, par les gens de Garazi:

167- Pattinek oihuka:

—Hauta da xure salda, etxekanderia!

Etxekanderiak xoratia:

—Xade ixilik otoi, gatza ta biperra bezik etxi!

Pattinek, ahapetik:

—Ba, ta egia erteko, untsa ageri dixi!...

Martin, en s’exclamant:

—Elle est excellente votre soupe, maîtresse de maison!

La maîtresse de maison ravie:

—Taisez-vous, je vous prie, elle n’a que du sel  et du piment!

Martin à voix basse:

—Oui, et pour dire vrai, ça se voit bien!...

Source: mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1930, famille Broussain/Harguindéguy, épicerie-auberge de Lécumberry.

Estérençuby 4 Picabéa

168- Etxe ogia

 

C’est par cette charmante poésie enfantine et burlesque que nous parvient aujourd’hui le souvenir du mal que se donnait la fermière pour faire le pain de la maison. Il fallait pour cela mettre en branle tout un cérémonial, et cela se passait une fois par semaine, généralement le samedi. Nous avons trouvé une variante du même texte dans le recueil de Vinson.

Bi xinurri,

Hiru xinurri,

Lau xinurri

Ari ziren lanean,

Labe bero batean.

 

Kukuso jaun bat

Ere han zen,

Egur arrailtzen!

Ehun urteko zorri bat

Ari zen,

Denen manatzen!

 

Ditarrian ur emanik,

Zetabian bero,

Erhi ttittila bustirik,

Ogia orhe niro,

Opil nabar ederrik,

Biek jan giniro!

 

Je pétrirai le pain.

De jolies petites galettes

Deux fourmis,

Trois fourmis,

Quatre fourmis

Etaient au travail,

Dans un fournil chaud.

 

Un monsieur puce

Aussi était là

Qui fendait du bois!

Un pou centenaire

Etait en train

De les commander tous!

 

Mettant l’eau dans le dé à coudre,

Dans le tamis chaud,

En mouillant le petit doigt

Je pétrirai le pain.

De jolies petites galettes

Tous les deux, nous mangerions!

Source: mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1930, famille Broussain/Harguindéguy, épicerie-auberge de Lécumberry.

Emazte bat astoaren gainean 6

Iruten ari nuzu, kilua gerrian, Ardura dudalarik, nigarra begian... (1903 urtea)

Les fileuses à l’ouvrage

 

Au temps des rouets, des quenouilles et des fuseaux, les paysannes ne se contentaient pas de chanter mélancoliquement: «Iruten ari nuzu...» en rêvant à leurs amours défuntes. Car voici d’autres sons de cloche, plus conformes à la réalité. Tout d’abord, la fileuse devait se montrer vaillante, sous peine d’être considérée comme une paresseuse:

169- Nexkato alferraren leloa

Goizean:

— Ama, gauden orai ohatzen

Gaur ariko gira ardatzen!

Arratsean:

—Ama, goazen orai ohatzera,

Bihar joanen gira ardatzera!

 

Le refrain de la fille paresseuse

Le matin:

—Maman, restons maintenant au lit,

Ce soir nous filerons au fuseau!

Le soir:

—Maman, allons maintenant nous coucher,

Demain nous irons filer au fuseau!

Source: famille de ma grand-mère Carricaburu/Chiramberro à Aincille, fin du siècle dernier.

En outre, la dureté du travail devait souvent faire naître pas mal de conflits, en particulier lorsqu’une «vieille» trop autoritaire se mêlait d’apprendre à filer et à coudre à des jeunes filles moqueuses. C’est dans de telles conditions que ce petit quatrain comique a dû être composé:

169 bis- Hiru ardatz, hiru ardatz! (49)

Atso zaharrak elea latz,

Esku batez, xixta orratz,

Ta bestiaz, uzkia hatz!...

Trois fuseaux, trois fuseaux!

La vieille femme a la parole sévère,

D’une main, (elle) pique l’aiguille,

Et de l’autre (se) gratte le derrière!...

 

(49) Cette brève phrase exclamative devait peut-être correspondre au commandement ou au rappel à l’ordre que lançait sans arrêt «la vieille» à ses jeunes apprenties, pour les obliger à utiliser trois fuseaux à la fois... 
 

Gizon bat espartina egilea, Picabea

 

Les déplacements à dos d’âne

 

Astoen denboran, c’était l’époque où, pour charrier des marchandises, on se servait beaucoup de l’âne. Dans de nombreux villages, cet animal répondait au surnom de Pullo. De là l’expression asto-pulloa, pour se moquer d’un imbécile. Mais ce diable de Pullo jouait parfois des tours pendables à la fermière lorsqu’elle se rendait au marché, juchée sur le bât de sa monture parmi les sacs et les paniers. Parfois, profitant d’un moment d’inattention, Pullo ne rentrait-il pas tout seul à la maison, étant donné qu’il en connaissait très bien le chemin? Et c’est ainsi que ce bout de poésie satirique nous est parvenu, le dernier vers représentant une sorte de proverbe que l’on appliquait aux gens bornés ou aux simples d’esprit:

170- Astoz izana nintzan, behin merkaturat.

Han, erosi orduko espartin pare bat,

Astoa joan zautan, nunbait debrutarat...

Nik uste izan zela astain baten ganat!...

Abilago da Pullo: kakin ta etxerat!...

A dos d’âne, une fois, j’avais été au marché.

Là-bas, dès l’achat d’une paire d’espadrilles,

Mon âne s’en alla quelque part au diable...

Moi qui le croyais auprès d’une ânesse!

Pullo est plus malin: après avoir fait caca, (il rentre) à la maison!...

Source: famille de ma grand-mère Carricaburu/Chiramberro, à Aincille, fin du XIXe siècle.

Emazte bat astoaren gainean 4

 

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Published by Pierre Duny-Pétré
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  • : Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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