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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:03

110- Pilota

 

Les vraies pelotes du jeu de paume continuent à être fabriquées par des artisans, selon des règles traditionnelles toujours en vigueur. De tout temps réservées aux joueurs chevronnés, elles étaient donc plutôt rares entre les mains des enfants. Pourtant, ceux-ci n’ont jamais été privés de pelotes, même à l’époque où les balles de caoutchouc n’avaient pas la vogue qu’elles ont actuellement. En réalité, les enfants utilisaient:

— Soit de vieilles pelotes usagées, délaissées par les grands, et raccomodées tant bien que mal.

— Soit des pelotes confectionnées par les petits eux-mêmes, au moyen de vieux fils de laine récupérés dans leur famille, et patiemment enroulés sous forme de boule.

Nous avions donc ici une pelote très rudimentaire, non recouverte de cuir, et qui s’effilochait souvent en cours de partie. Pour éviter cet inconvénient, il fallait «arrêter» les bouts de laine qui pendaient, grâce à quelques aiguillées de fil que l’on passait à travers la pelote. Bref, dans les deux cas, les enfants disposaient de pelotes assez molles, donc relativement inoffensives lorsqu’elles étaient lancées contre quelqu’un.

 

Haurren pilota-copie-1

 

111- Ttunpa

 

Comme on peut déjà s’en douter, le nom de ce jouet rustique est une onomatopée: Ttunp! C’est le bruit que l’on ferait en se servant d’un pistolet à bouchon. En français, on emploierait ici le mot pétoire. A l’époque où l’on ne trouvait des pistolets et des pétards que dans les magasins des grandes villes, les petits Basques utilisaient ttunpa qu’ils fabriquaient eux-mêmes. Le canon de la pétoire consistait en un tube de bois obtenu en vidant de sa moelle une branche de sureau, à l’aide d’un fil de fer assez rigide. Plus simplement, on utilisait aussi du bambou. Dans ce tube, on faisait coulisser une baguette terminée par une boule rembourrée de tissu, et qui jouait le rôle d’un piston.

C’est ainsi qu’un bouchon, enfoncé à l’autre extrémité du tube, était chassé brutalement par l’air comprimé dès que l’on poussait brusquement la baguette. Cela produisait une détonation dont la puissance variait, évidemment, selon le calibre du tube.

 

Ttunpa

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920- 1926.

112- Turruputuna

 

Bien entendu, cet étrange mot basque correspond, ici encore, à une onomatopée. Cependant, il est mentionné dans le dictionnaire du R.P. Lhande où il est traduit simplement par vessie, sans autre précision. Il s’agit en effet d’une vessie de porc. Mais elle n’intéresse les enfants que dans la mesure où ils peuvent en faire un jouet.

Lorsque, dans une ferme basque, on tuait le cochon, la vessie de l’animal était parfois mise de côté en vue d’un usage qui n’avait rien de culinaire. Aussitôt prélevée, on la gonflait comme un ballon de baudruche. L’orifice était alors fermé et noué au moyen d’une ficelle. Celle-ci, qui présentait une longueur d’environ cinquante centimètres, était fixée au bout d’un petit bâton souple, généralement une branche d’osier. On laissait ensuite sécher le ballon pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’il présente une paroi parcheminée bien tendue. L’engin que l’on obtenait ainsi avait l’aspect du fléau d’armes, dont se servaient les guerriers du moyen âge: une boule métallique enchaînée à l’extrémité d’un manche plus ou moins long. Mais, contrairement à cette arme redoutable, la boule de notre jouet était pleine d’air, et l’on pouvait l’abattre sans danger sur la tête de n’importe qui. Le bruit sourd et répété que faisait la vessie en rebondissant, puis en tournoyant au bout de sa ficelle, est évidemment à l’origine du mot turruputun.

Ce jouet faisait régulièrement son apparition au début de chaque année, pendant la période des réjouissances carnavalesques. Au milieu des rires et des cris, les batailles de turruputun produisaient un vacarme infernal. Et chacun y allait avec d’autant plus d’entrain que les coups étaient absolument indolores. Mais un jour, la malheureuse vessie de porc finissait par éclater, après de bons et loyaux services...

Beaucoup plus tard, mais ayant toujours dans la mémoire ces souvenirs d’enfance, j’ai assisté à un spectacle folklorique basque où se produisaient quelques danseurs de Haute-Navarre. C’est alors que je découvris, non sans émotion, une danse de carnaval au cours de laquelle un jeune garçon costumé en bouffon, ou en fou de cour du XVIème siècle, brandissait un magnifique turruputun en guise de hochet. Il s’agitait dans les rangs des danseurs en frappant à tort et à travers, mais toujours en respectant le rythme entraînant de la musique.

 

 

Turruputuna

 

 

113- Xirula

 

Au printemps, dès que la sève monte dans les jeunes branches et qu’apparaissent les premières feuilles, c’est la saison des sifflets. Le long des chemins bordés de haies vives, les enfants recherchent alors, parmi les nouvelles tiges de frêne, de saule ou de châtaignier, un bâtonnet bien droit. Entre deux noeuds, l’écorce tendre est tailladée, puis battue avec le manche du couteau. On la détache ensuite de façon à obtenir un tuyau, et le sifflet se trouve déjà pratiquement terminé. Oui mais, pour prélever ce fameux tuyau sans abîmer l’écorce, il fallait réciter quelques paroles magiques. Et je me souviendrai toujours du grand garçon qui officiait devant moi pour m’apprendre à fabriquer un sifflet. Assis par terre au pied d’un arbre, il tenait dans sa main gauche une baguette de frêne appuyée contre son genou. Après avoir soigneusement découpé, sur l’écorce, ce qui allait être le sifflet, il prenait son couteau par la lame et frappait avec le manche, à petits coups secs, sur la baguette qu’il faisait rouler lentement entre ses doigts, afin qu’elle soit uniformément battue. Alors, en suivant le rythme rapide des coups, il chantonnait sa formulette, sur l’air approximatif de «buba ñiñaño».

ll serrait ensuite, d’une main ferme, le futur tuyau d’écorce qu’il voulait détacher du bois et tentait de le faire tourner sur la tige pour le rendre indépendant de celle-ci. En cas d’échec, il reprenait son refrain incantatoire, et recommençait l’opération jusqu’au succès final.

Voici le texte magique consacré à la fabrication du sifflet:

 

114- Tinter - lanter!...

Inen daiat xirula,

Hail, ekarrak adarra,

Legun eta xuxena.

Zertaz?

Leizar laida pollitaz!

 

Xirula-Mirula kantari !...

Berro pian sar hadi,

Eta motz adar hori!

 

Xirula-Mirula kantari !...

Balinbahiz izerdi,

Krisk, krask,

Atera hadi !

 

Tinter - lanter!...

Je vais te faire le sifflet,

Va, apporte-moi la branche,

Lisse et droite.

De quelle sorte?

D’un joli rameau de frêne.

 

Sifflet-Sifflet chanteur,

Rentre sous le buisson,

Et coupe cette branche!

 

Sifflet -Sifflet chanteur,

Si tu s en sueur,

Krisk, krask,

Extrais-toi!

 

 

Xirula

 

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.
114- Zirripizta edo zirrizta  

Zirripizta

 

 

La seringue qui lance de l'eau. Les deux synonymes Zirripizta et zirrizta qui évoquent le jaillissement d'un jet d'eau avec ses mille gouttelettes, ne se traduisent en français que par le mot seringue. Tandis que les magasins de farces et attrapes vendent aujourd'hui des pistolets à eaux, les enfants basques connaissient les joies du zirripizta, grâce à un jouet rustique qu'ils fabriquaient eux-mêmes. Pour cela, il fallait se procurer une branche de sureau d'environ trois centimètres de diamètre. On y taillait ensuite un tronçon bien droit de quarante centimètres, limité par un noeud et dont on retirait la moelle. Le tuyau ainsi obtenu n'était donc ouvert qu'à l'une de ses extrémités et l'on perçait d'un petit trou le noeud situé à l'autre bout. Ainsi était constitué le corps de la seringue. Lorsqu'on avait la chance de trouver du bambou, il est évident que le tube était encore plus facile à confectionner.
Il restait ensuite à fabriquer la tige du piston, c'est-à-dire une baguette en bois dur destinée à s'engager dans le gros bout du tube. Bien entendu, le piston était solidement coiffé d'un tampon d'étoffe ou de cuir, destiné à assurer l'aspiration puis l'expulsion du liquide.
Mais plus tard, le progrès aidant, il devint plus facile de se procurer une vieille pompe à bicyclette et nos enfants n'eurent plus l'idée d'aller battre la campagne pour se procurer un bâton de sureau ou de bambou.


Formulettes

des adolescents

et des adultes

Nous venons de voir dans quelle mesure les enfants basques étaient capables d’inventer les formulettes qui correspondent à leurs jeux. On s’apercevra maintenant qu’en devenant adolescents, puis adultes, leur imagination ne s’est nullement tarie. Car, indépendamment de tous les proverbes qui ont été recueillis à travers nos provinces, il existe encore une foule d’expressions inédites, plus ou moins chantées, ainsi que des cris traditionnels, qu’il serait dommage de laisser sombrer dans l’oubli. Nous avons donc constitué une documentation à ce sujet. 
Une langue n’est pas seulement inscrite froidement dans les pages d’un dictionnaire. Ce n’est pas non plus un amalgame de mots ingénieusement liés par une sauce grammaticale, selon la fantaisie de quelques savants cuisiniers. En réalité, c’est un être vivant qui s’agite, qui s’émeut, qui pleure ou qui rit. Dieu sait toutes les expressions bizarres et tous les vestiges antiques qu’elle véhicule dans son sein, tout au long des siècles, comme autant de témoignages de la culture dont elle est l’émanation.

Cette seconde partie sera présentée avec les titres suivants:

— Les contes et les devinettes

— Les échos moqueurs de la maison basque

— Les jeux barbares et souvent interdits

— Les croyances anciennes et parfois oubliées.

Avec les contes et les devinettes, voici un genre littéraire très caractéristique de l’ancienne culture orale basque, sous forme de jeux de société. Hélas, ces jeux traditionnels ont pratiquement cessé d’exister, par le fait même qu’ils demandaient, pour s’épanouir, un certain rassemblement de villageois. Ces réunions étaient motivées par le besoin de s’aider entre voisins, à l’époque où les travaux des champs n’étaient pas entièrement mécanisés. La maîtresse de maison devait alors prévoir un grand repas pris en commun, surtout le soir, après la rude journée de labeur. Et c’est ainsi que l’on se délassait joyeusement devant le feu, sukaldean. Il y avait également les longues soirées d’automne que l’on passait ensemble, assis en demi-cercle autour de la récolte de maïs ramassée en tas, et dont il fallait dépouiller les épis à la main: arto xuritzea.

Dans de telles circonstances, il est évident que tous ceux qui possédaient un certain talent de chanteur ou de conteur étaient mis à contribution pour la plus grande joie des petits et des grands. Voilà pourquoi, avant d’aborder l’étude de ces jeux, il appartient à chacun de faire un petit effort d’imagination afin de ressusciter, malgré l’ambiance défunte, cette vénérable culture paysanne qui ne devait pas mourir.

 

Iholdiko aitatxi lagunbatekin

 

Iholdin, mezaren ondotik. Eskuinean Arnaud Idieder, Haranburia etxea.

Ezkerrean, bere adixkidea : X. Elissetche, Minaberrigaraia etxea, Olzeiritz auzoa. 

Argazkilari: Bru, La vie du rail aldizkaria.

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Published by Pierre Duny-Pétré
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  • : Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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