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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:06

Quelques jouets confectionnés par l’enfant

 

Dans ce chapitre, nous risquons encore d’énumérer des antiquités. Mais il faut espérer que les adultes d’aujourd’hui me pardonneront ces évocations puisqu’elles vont leur rappeler les souvenirs du trop fameux «bon vieux temps». Je ne puis m’empêcher de penser au magnifique et inappréciable cadeau que représentait un simple canif chez les enfants de ma génération. Avec un couteau de poche, nous étions tous capables de fabriquer quelque chose en tailladant un morceau de bois. C’est l’univers des inventions artistiques ou utilitaires qui s’offrait ainsi à nous, avec je ne sais quelle part de rêve. Car il arrivait, bien sûr, que l’objet réalisé soit loin de la perfection désirée. Mais on le trouvait quand même satisfaisant, puisqu’il suffisait alors d’imaginer ce qu’il aurait pu être, en le regardant avec les yeux de l’amour!

 

103- Abaila

 

Abaila


Ce mot désigne la fronde, telle qu’on la connaissait de temps immémorial et qui, selon les historiens latins, était particulièrement redoutable entre les mains des guerriers baléares. 

Les enfants basques n’éprouvéaient aucune difficulté pour fabriquer des frondes. Il suffisait d’attacher solidement deux bouts de corde à un morceau de cuir ou d’étoffe qui constituait la bourse destinée à contenir le projectile. Un des deux lacets était fixé au poignet à l’aide d’un noeud coulant, tandis que l’autre pouvait être libéré brusquement en ouvrant la main au moment du lancer.

Et maintenant, gare à la casse!... C’est que l’usage de la fronde ne doit être toléré qu’en pleine campagne.

 

104- Artzain jokoa

 

Artzain jokoa ou le jeu du berger est une sorte de jeu de dames primitif. Tracé sur un morceau de planche ou de carton, le damier consiste en un carré muni de ses diagonales et de ses médianes. Par conséquent, il offre le même aspect que l’écusson de la Navarre. On y ajoute parfois un petit carré, attenant au grand, et qui représente la bergerie, arditegia.

Comme pour le jeu de dames ou le jeu d’échecs, les deux adversaires se font face, penchés sur le damier. L’un des joueurs représente le loup, avec un seul pion. L’autre est le berger, avec trois pions qui figurent les moutons.

Lorsque commence la partie, le loup se tient au centre du carré. Les moutons sont alignés au fond de celui-ci, du côté du berger. Il s’agit pour le berger de faire passer les moutons sur le bord opposé du carré, (ou de les faire entrer dans la bergerie), sans que le loup puisse les manger.

Précisons enfin que le loup et les moutons se déplacent en suivant les lignes tracées sur le damier. Mais le loup peut circuler dans toutes les directions, tandis que les moutons n’évoluent qu’en avant ou latéralement. Bref, ils ne peuvent jamais revenir en arrière.

 

Artzain jokoa      

 

 Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.


Jeu-berger-Montory-2.jpg

Artzain jokoa, Montorin 2008 (Espelette anaiak erakusketa)

 

105- Basa jauna

Basa Jauna ou le seigneur sauvage (31) est un amusement qui se pratique pendant les longues soirées d’automne, lorsque la nuit tombe rapidement sur les montagnes. Mais il faut aussi disposer d’une belle citrouille... Parmi les récoltes de la ferme basque, les enfants prélèvent un potiron bien rond. Celui-ci, dans sa position normale, est surmonté habituellement par un trognon de queue. A l’aide d’un couteau, on découpe circulairement, autour de cette queue, une calotte qui représentera le couvercle du récipient réalisé en vidant la citrouille.

Ensuite, dans la paroi de cette grosse boule creuse, l’enfant plantera la pointe de son canif afin d’y percer deux yeux, un nez et une bouche. A l’intérieur de la tête caricaturale ainsi obtenue, il fixera un bougie allumée. Alors, dans les ténèbres, la citrouille au visage flamboyant sera posée sur un mur de clôture, au bord d’un chemin, ou même perchée sur un pilier de portail, de façon à surprendre les passants, tandis que les enfants, cachés non loin de là, imiteront les grognements d’une bête en colère... Cet épouvantail rustique, qui hantait autrefois les crépuscules basques, était appelé Basa Jauna, car il semblait régner en maître au milieu de la nuit, conformément aux attributions du fameux Seigneur sauvage de nos légendes fantastiques, et pour la plus grande joie des garnements ravis de l’effet produit.

Sur la pratique de ce jeu, voir le texte de Louis Sagardoy, "Choses et autres" sur le site suivant: http://louis.sagardoy.over-blog.com

Basa jauna

 

(31) Personnage fantastique de l’ancienne mythologie basque. On pourrait le comparer aux divinités païennes que sont les faunes et les sylvains. Il présente également certaines analogies avec le dieu Pan des Grecs, car son domaine est essentiellement rustique. D’après les légendes connues, le Seigneur sauvage des Basques ne règne vraiment sur les montagnes et les bois que pendant la nuit. Il peut aussi se manifester dans l’ombre des cavernes, dans la brume ou le crépuscule. En tout cas, malheur à l’imprudent qui s’attarderait dehors le soir afin de se livrer à un travail rémunéré. Mais les bergers réussissent à s’attirer les bonnes grâces du terrible Basa Jauna, en lui laissant régulièrement un peu de nourriture devant la cheminée de leur cabane, avant d’aller dormir. Ainsi, le Seigneur sauvage veillera toute la nuit sur les troupeaux, de même que sur l’outillage laissé dehors.

 

106- Furruna edo ferrela

 

Ces deux mots, employés concurremment selon les villages, sont manifestement des onomatopées, car ils évoquent le ronflement bizarre produit par une planchette rectangulaire que l’enfant fait tournoyer au bout d’une ficelle. Avec son couteau, le petit Basque façonne un éclat de bois ou un morceau de planche, afin d’obtenir un rectangle d’environ 12 centimètres sur 6, l’épaisseur ne dépassant pas 5 millimètres. De nos jours, on pourrait fabriquer cet objet plus facilement qu’autrefois, en sciant un morceau de contreplaqué. A l’une des extrémités du rectangle de bois, un trou circulaire est percé avec la pointe du canif. Grâce à cette ouverture, la planchette est solidement fixée au bout d’une ficelle, longue d’un mètre en moyenne.

Muni de cet appareil, l’enfant saisit la ficelle à l’extrémité de laquelle pend la planchette, et se met à faire tournoyer celle-ci à toute vitesse, imitant en somme le geste accompli par un frondeur. Alors, selon la rapidité avec laquelle virevolte le morceau de bois, on entend un ronflement sonore, qui s’amplifie pour ressembler finalement à un mugissement.

A l’époque des récoltes, ce bruit insolite avait le don de provoquer immédiatement la fuite éperdue des moineaux dans les jardins potagers. De là, pour les campagnards, l’utilité évidente de cet amusement enfantin.

 

Furruna


Source: mes camarades d’école de Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

 

107- Lapatinak

 

En plein été, on voit s’épanouir, le long des chemins ou sur les terrains vagues, les feuilles lourdes et charnues de la bardane. Mais les enfants ne s’intéressent à cette plante que pour ses multiples petits chardons épineux: lapatinak. Ils constituent en effet des projectiles qui s’accrochent et adhèrent aux vêtements des gens que l’on a pris pour cible. Afin de mettre en réserve d’abondantes munitions, les garnements se livrent donc à la cueillette des lapatinak. Ce travail préliminaire n’est guère difficile. Il suffit de ramasser, un par un, les minuscules chardons et de les agglomérer en de grosses boules: lapatin pilotak. Car l’adhésion est parfaite et cela tient tout seul.

 

108- Lapatin buztanduna

 

C’était surtout pendant les fêtes locales, au cours des bals champêtres consécutifs aux parties de pelote, que les lanceurs de lapatin s’en donnaient à coeur joie. On s’amusait ainsi bien plus qu’avec des confettis. A leur insu, les danseurs finissaient par être criblés de la tête aux pieds avec tous ces petits chardons adhésifs.

Mais bientôt, grâce à leur imagination sans cesse en éveil, les enfants perfectionnèrent les projectiles primitifs. Ils plantèrent une belle plume de volaille dans la partie charnue située à l’arrière de chaque lapatin. On obtenait ainsi des lapatin buztandunak... Dès lors, le tir s’avèra beaucoup plus précis, car la plume fixée derrière chaque projectile aidait celui-ci à fendre l’air comme une véritable flèche. Le résultat était d’ailleurs sensationnel. Tous les danseurs avaient alors droit à une plume plantée dans leur dos. Et chacun se moquait du voisin, sans se douter qu’il était l’objet des mêmes rires!

 

Lapatinak

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

 

109- Matxardia

 

En langue basque, matxardia est un mot qui s’applique généralement à tous les objets fourchus. Par exemple, il en est ainsi lorsqu’un tronc rectiligne se sépare en deux branches semblables. On comprend alors pourquoi les petits Basques appelèrent tout naturellement leur lance-pierre, matxardia, lorsqu’ils confectionnèrent cet appareil en fixant deux lanières de caoutchouc sur les deux extrémités d’une baguette fourchue.

Ce jouet, aussi répandu que dangereux, est tellement connu qu’on en trouve même dans le commerce, mais avec une fourche métallique. L’enfant est alors privé du plaisir de fabriquer son lance-pierre par ses propres moyens. Car il y a d’abord la recherche, à travers les taillis ou les haies, d’une fourche bien régulière: matxardiaren gaia. Généralement, ce sont les jeunes pousses de frêne qui offrent les plus jolies fourches. Il faut ensuite se procurer deux lanières de caoutchouc en tailladant une vieille chambre à air d’automobile. Il faut encore trouver un rectangle de cuir souple, afin de préparer la bourse destinée à contenir le projectile. Il faut enfin attacher le tout au moyen d’une ficelle mince et solide.

Que de patience! Que de tentatives infructueuses et souvent décourageantes! Que de secrets de fabrication que l’on recueille auprès des grands garçons! Mais finalement, quel triomphe!

 

Matxardia

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Published by Pierre Duny-Pétré
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  • Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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