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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:07

95- Ixkilimak  edo punttakoak

 

Voici maintenant le Jeu des épingles. Les commerçants de nos villages vendaient autrefois non seulement des billes mais aussi des épingles à jouer. Elles étaient munies d’une grosse tête ronde et colorée, rouge, verte, jaune, bleue, etc. A défaut d’épingles, on utilisait souvent des plumes d’écolier: punttakoak. Tout était très simple pour les joueurs et parfois il n’était même pas nécessaire de s’adresser la parole. C’est qu’il existait deux façons de jouer.

 

1. Sans poser de questions

Un des enfants tient une épingle dissimulée à l’intérieur du poing qu’il présente à son adversaire. L’épingle cachée est disposée perpendiculairement aux doigts... L’adversaire, qui tient une épingle entre le pouce et l’index, pose celle-ci sur le poing de l’autre enfant, mais dans la partie de la main qui n’est pas fermée, c’est-à-dire vers le poignet. Cette seconde épingle est placée, elle aussi, perpendiculairement aux doigts, donc parallèlement à celle qui est cachée dans le poing. Dès que les deux épingles sont en place, la main est ouverte et l’on procède aux vérifications.

— Si les deux pointes sont du même côté, l’enfant qui avait le poing fermé a perdu et il donne les deux épingles.

— Si l’épingle a été posée dans le sens inverse de celle qui est cachée, c’est l’adversaire qui a perdu. Il ne peut donc retirer son épingle du jeu et le premier joueur conserve les deux épingles.

 

2. En posant la question: «Puntt ala kulo?»

Cet amusement prend alors le nom bizarre basco-hispanique dit par l’enfant qui cache l’épingle dans son poing:

96- Puntt ala kulo?...

La pointe ou le cul?...

Au cours de ce jeu, l’adversaire n’a donc pas à mettre une épingle sur le poing de l’enfant qui lui fait face. Pour gagner, il faut simplement qu’il devine si l’épingle cachée tourne sa pointe ou son cul en direction du pouce. Car s’il se trompe, il a perdu, et c’est lui qui doit donner une épingle.

Il est curieux de retrouver, dans la langue populaire basque, une expression pittoresque et moqueuse dérivée de ce petit amusement enfantin. On peut entendre encore de nos jours, notamment à Garazi, la phrase exclamative suivante:

Punttalakulian zuxun, gaixoa!...

Ce que l’on pourrait traduire par: Il était perplexe, hésitant, le pauvre!... Ou encore par: Il ne savait plus sur quel pied danser!...

 

Emazte bat astoaren gainean 8

  Donibane Garazin, 1906

 

97- Kaderan ttotto

 

Au cours des jeux collectifs, lorsqu’un enfant se fait mal en tombant et qu’il éprouve des difficultés à marcher, ses camarades vont à son secours. Deux d’entre eux, parmi les plus vigoureux, croisent leurs mains en se serrant mutuellement les poignets. Cela permet de faire une chaise percée, sur laquelle on fait asseoir le malchanceux. Généralement il n’y a pas grand mal, et c’est triomphalement que l’on transporte le blessé en criant sur l’air traditionnel de la table de multiplication:

 

Kaderan ttotto!...

Kaderan xilo,

Eria dago,

Gaizo potolo! (29)

Dans la chaise, assis!...

Dans la chaise, le trou,

Malade il se trouve,

Le pauvre potolo!

 

Et tous les autres enfants reprennent inlassablement en choeur cette espèce de chanson-scie, tandis que les porteurs n’en finissent plus de promener le patient, à la grande joie de celui-ci.

 

(29) Potolo, ou son diminutif pottolo: potelé, petit gros. Ce mot s’emploie parfois sur un ton moqueur. Mais, lorsqu’il s’adresse à un enfant, il exprime aussi la tendresse ou la compassion.

 

Dantzariak Plaza berrin 3

 Plaza berrin, Donibane Garazi

 

 

98- Kanikak

 

Jouer aux billes n’a rien de spécialement basque. Cependant, il existait parmi nos enfants quelques cris poussés par les joueurs à l’occasion d’une partie.

 

1. Au cours des jeux proprement dits

En criant assez tôt: Bide garbi ! on a le droit de bien dégager le terrain devant la bille de l’adversaire.

Bide garbi!...

Chemin propre!...

 

Mais si celui-ci a crié préalablement: Xikina bali !,  il peut s’opposer au nettoyage du sol, et c’est ainsi que sa bille reste sous la protection des saletés existantes ou des divers obstacles naturels.

Xikina bali!...

Saleté valable!...

Celui qui crie le premier: Buxtan petik ! a même le droit du jucher la bille adverse sur un petit promontoire de terre, buxtana, qu’il façonne soigneusement. Dès lors, il est évident que la bille à atteindre devient très vulnérable.

Buxtan petik!...

Par-dessous la petite queue!...

 

2. Au cours d’un jeu de devinettes:

    «Zonbat ukabilian?»

Outre les jeux de billes traditionnels, dans lesquels l’adresse manuelle joue un rôle primordial, il en existe un autre qui ne fait appel qu’au hasard ou à la ruse. Il s’agit de deviner combien de billes se trouvent à l’intérieur de la main fermée d’un joueur.

A la question posée: Zonbat ukabilian? Combien dans le poing? L’enfant qui accepte de tenter sa chance commence par examiner la main qu’on lui présente, et qui renferme apparemment un certain nombre de billes. Il faut dire que celui qui interroge cherche à tromper son adversaire, soit en gonflant démesurément son poing pour faire croire à un grand nombre de billes, soit en le serrant à l’extrême, comme s’il n’y avait presque rien dans la main.

Dès qu’un chiffre est annoncé par l’enfant qui répond à la question de son camarade, celui-ci ouvre son poing.

— Si le devin a trouvé le nombre exact, il gagne toutes les billes que l’autre enfant dissimulait.

— Si le devin s’est trompé, et que par exemple il annonce deux au lieu de quatre, il donne à son adversaire la différence, c’est-à-dire deux billes.

 

99- Konkolotx

 

Ekar nezaxu

konkolotx!...

Porte-moi sur ton dos

à califourchon!...

 

Les enfants s’amusaient ainsi à imiter les nombreuses caravanes d’ânes ou de mulets qui sillonnaient autrefois les chemins basques, à l’époque où la motorisation n’avait pas rendu les gens si pressés.

Souvent, c’était le perdant d’un jeu collectif qui était condamné à porter konkolotx tous ses camarades à tour de rôle. Arri, astoa !... Hue l’âne !... hurlaient alors les gamins déchaînés. Et ils traversaient ainsi dans tous les sens leur terrain de jeu.

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

 

Remparts Espainako atea, Picabea-copie-1

 

 

 100- Kuku-mikuka

 

L’amusement que l’on désigne ainsi n’est autre que le jeu de cache-cache, tel que les enfants le pratiquent partout. Oui mais il y avait une manière basque de jouer, étant donné le petit dialogue qui s’établissait alors entre les enfants cachés et celui qui était chargé de les découvrir. Dès que tout le monde a disparu, et pour indiquer au chercheur qu’il peut entrer en action, quelques voix s’élèvent en utilisant la formulette suivante:

Kuku - miku!... (30)

Xoriak umiak ditu!

Cache - cache!...

L’oiseau a des petits!

A tout hasard, le chercheur demande aussitôt:

Nun ditu?...

Où les a-t-il?...

Or, il arrive que, par bravade, et au risque d’être repéré, un joueur plus hardi que les autres ose répliquer:

Hor dituk sasian,

Sudurraren pian!

Tu les as dans la haie,

Sous le nez!

Le ton est ainsi donné. La partie se poursuit et s'achève, tandis que chacun s’efforce d’être le plus habile, le plus malin, ou le plus téméraire.

 

(30) Ce redoublement avec m est caractéristique de la langue basque, la langue française répète le mot cache.

 

101- Mirua, oiloa eta xitak

 

Le jeu du milan, de la mère-poule et des poussins fut sans doute imaginé par les petits Basques de la montagne, grâce à l’observation des animaux. On va mimer ici le combat du milan contre la poule qui défend sa couvée. Les deux principaux acteurs sont, évidemment, le milan et la poule, et vont être sélectionnés à l’aide des comptines.

La poule, dès le début de la partie, fait face au milan, tandis que derrière elle s’accrochent les poussins. Ces derniers se tiennent tous par la taille, en une longue colonne mouvante.

Le milan, quant à lui, cherche à passer derrière la poule, afin de saisir le dernier des poussins pour le détacher de la chaîne. Chaque fois qu’il réussit à en arracher un, celui-ci est considéré comme hors combat, et la lutte continue.

Cependant, en déployant ses bras, la poule essaie d’arrêter le milan dans ses manoeuvres de débordement. Elle court vers la droite ou vers la gauche, selon la direction de l’attaque. Aussi, la longue file des poussins a-t-elle du mal à rester soudée. Il est évident que le moindre mouvement de la poule se traduit, en queue de colonne, par des secousses et des galopades désordonnées dont le milan ne tarde pas à profiter.

A moins d’une victoire rapide du milan, c’était généralement le signal donné par un arbitre (ou par le maître d’école pour mettre fin à la récréation) qui déterminait le vainqueur de la partie. Lorsque, à ce moment précis, il reste encore au moins un poussin derrière la poule, c’est elle qui est gagnante. Quand, au contraire, le milan a déjà réussi à capturer tous les poussins, c’est lui le vainqueur.

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

Rue de la Citadelle

Zitadela karrika, Donibane Garazin 

102- Sorgin jokoa

 

Avec un petit caillou dissimulable dans la main, il est possible de se livrer au Jeu du sorcier. Le béret lui-même n’est pas indispensable, à condition toutefois de porter un tablier.

Le long d’un mur ou d’une clôture, les enfants s’assoient par terre en tailleur, serrés les uns contre les autres, avec leur béret posé sur leurs jambes repliées. A défaut de béret, c’est le tablier que l’on relève de façon à former une poche.

Devant la rangée des enfants assis, deux autres joueurs se tiennent debout, désignés préalablement grâce à une comptine, et dont voici les rôles:

 

1. Le premier joueur debout

Muni du petit caillou, il se met à circuler devant ses camarades demeurés assis. Il se penche vers chacun d’eux en faisant mine de cacher le caillou dans les bérets ou dans les tabliers, et en recommandant à chaque enfant de bien dissimuler la pierre. Pour cela, en passant, il récite à haute voix la formule suivante:

Harria, gorde,

gorde, gorde!...

Harria, bero,

bero, bero!...

Caillou, cache,

cache, cache!...

Caillou, chaud,

chaud, chaud!...

Il opère ainsi plusieurs fois, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, sous l’oeil attentif du second participant debout. Celui-ci se tient à cinq ou six pas de là, et ne doit pas bouger de son poste d’observation. Finalement, le caillou a été déposé quelque part, et se trouve alors caché dans un béret ou dans un tablier.

 

2. Le second joueur debout

Celui-ci entre alors en action. C’est le sorcier, sorgina, ou le devin. Il est chargé de mettre la main sur le caillou. Mais il n’a pas le droit de se tromper. Non seulement il a pu observer à loisir le manège de son prédécesseur, ainsi que les réactions de ceux qui sont assis, mais il semet lui aussi à passer en revue toute la rangée des enfants. Tour à tour, il pose sa main sur le front de chacun d’eux et, avec une interrogation muette dans le regard, il récite:

— S’il se doute de quelque chose:

Izerdi, bero,

bero, bero!...

Sueur, chaude,

chaude, chaude!...

 

— S’il ne suspecte rien:

Izerdi, hotz,

hotz, hotz!...

Sueur, froide,

froide, froide!...

Il note alors soigneusement les réactions des enfants assis, (rires, tremblements nerveux, rougeur, pâleur, etc.). Bref, tout ce qui peut trahir la présence ou l’absence du caillou caché.

Finalement, le moment décisif approche, et le sorcier se décide à mettre la main dans un béret ou dans un tablier. Deux cas peuvent alors se présenter:

— Le sorcier s’est trompé. Il n’a plus qu’à courber le dos. Car ses camarades vont lui sauter dessus, à tour de rôle, afin qu’il les transporte konkolotx, c’est-à-dire à califourchon, sur un parcours déterminé à l’avance. Après cette épreuve, une autre partie peut recommencer, chacun conservant son rôle initial.

— Le sorcier a trouvé le caillou. Il s’asseoit à la place de l’enfant qui avait la pierre dans son béret. Cet enfant se lève pour prendre en main le caillou et ensuite le dissimuler selon le cérémonial indiqué précédemment. Quant au joueur qui avait mal caché le caillou, son manque d’habileté (ou de chance) est sanctionné, car il devient alors sorcier, avec les risques que cela comporte.

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

Pierre Duny-Pétré 8-10 urte amarekinPierre Duny-Pétré, 8-10 urte, amarekin

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  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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