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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:08

Les jeux proprement dits

Après les comptines, les jeux !... Mais en évoquant les jeux de l’enfant basque, la plupart des gens pensent aussitôt à la pelote. Ici, cependant, la priorité a été donnée aux amusements qui ont tendance à disparaître, et qui ont même disparu lorsque la langue basque fut chassée des cours de récréation, ou encore lorsque le béret cessa d’être porté uniformément par les garçons, ce pauvre béret qui servait à tout et qui traînait partout!

 

Quelques jeux collectifs enfantins

 

85- Astoen jokoa

 

Si l’on veut pratiquer ce jeu, il faut d’abord disposer d’une pelote, étant entendu par ailleurs que chacun possède un béret. Généralement, le groupe des joueurs comprend cinq à six garçons, ou davantage. Afin de désigner celui qui prendra en main la pelote, on procède à l’élimination des autres participants, selon le rite des comptines. Ensuite, tous les bérets sont alignés par terre, au pied d’un mur ou d’un talus, serrés les uns contre les autres et bien ouverts, de façon que la pelote puisse entrer sans obstacle.

Le joueur qui tient la pelote se place à une dizaine de pas des bérets rangés devant lui. Il lance la balle vers ces coiffures, en la faisant rouler doucement afin qu’elle puisse s’immobiliser dans l’une quelconque de celles-ci. Pendant ce temps, les autres enfants se tiennent prêts à intervenir le plus rapidement possible, car si la pelote entre dans le béret de l’un d’eux, il doit aussitôt la lancer sur un joueur, avant que celui-ci ne s’échappe trop loin, toute la bande s’étant alors dispersée comme une volée de moineaux. S’il a été assez habile pour frapper un de ses camarades d’un coup de pelote, c’est au joueur touché qu’il appartient d’en atteindre un autre en lançant à son tour la balle, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’un des enfants manque son coup.

Celui-là se trouve pénalisé. D’abord parce qu’il prend la place du garçon chargé de faire rouler la balle vers le pied du mur, au risque de la faire entrer malencontreusement dans son propre béret. Mais surtout parce qu’il se voit infliger un âne, asto bat. C’est un petit caillou que l’on dépose dans son béret, et qui vaut un point.

Or, le premier des joueurs assez malchanceux pour totaliser cinq points (matérialisés par cinq cailloux) est proclamé roi des ânes, astoen erregea. C’est le perdant de la partie. Sous les huées de ses camarades, il s’immobilise au pied du mur devant lequel il courbe l’échine en présentant son derrière aux autres joueurs. Ceux-ci reculent d’une dizaine de pas et s’emparent de la pelote à tour de rôle pour la lancer contre les fesses du patient. C’est une façon comme une autre d’exercer leur adresse...

Après cet intermède tragi-comique, une nouvelle partie est engagée dans les mêmes conditions que précédemment.

 

Source: mes camarades d’école à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.


 Emazteak astoaren gainean 1 Baionan 

 

86- Axtenka

 

Voici un jeu qui correspond en français à jouer à la poursuite, ou encore: jouer à s’attraper. Axken, diminutif d’azken, signifie dernier. Ce mot fait sans doute allusion au vainqueur de la partie, c’est-à-dire à celui qui a été assez dégourdi pour rester le dernier en liberté alors que tous les autres ont été pris. Afin d’annoncer le début des opérations, l’enfant qui est désigné pour courir après les autres crie le signal versifié suivant:

87- Bali!...

Atxemanak

oro kali!

C’est valable!...

Tous ceux qui sont pris,

(sont) assommés!

 

Les fugitifs se dispersent alors dans toutes les directions, pour échapper à celui qui doit les poursuivre et que nous appellerons par exemple Manex. De temps en temps, il arrive qu’un enfant particulièrement agile, et par bravade, lance un défi à Manex en criant:

88- Hope Manex!

Hope!...

Chiche Jeannot!

Chiche!...

Quand un fugitif a été touché par le poursuivant, il donne la main à son vainqueur, et tous les deux joignent leurs efforts pour atteindre un autre enfant. Ce qui fait que, vers la fin de la partie, c’est une longue chaîne qui balaie littéralement l’aire de jeu. Aussi, les rescapés ont-ils de plus en plus de mal à garder leur liberté.

Lorqu’un joueur est fatigué, blessé, ou qu’il doit interrompre le jeu pour une raison valable, il se met à crier:

89- Itxu!...

Aveugle!...

Diminutif du mot itsu. En français, cela voudrait dire: Pouce! Une trêve est alors accordée, exceptionnellement.

 

Mandoak Donibane Garazin

Mandoak, Donibane Garazin 

 

90- Itsu-mandoka,  itsu-astoka

 

Littéralement: A mulet aveugle ou A âne aveugle. Que l’aveugle soit un mulet ou un âne, nous avons là deux appellations équivalentes du jeu de colin-maillard et de ses variantes.

 

Première façon de jouer

Celui qui a les yeux bandés, itsua, doit saisir et reconnaître, à tâtons, un de ses camarades. S’il n’a pas deviné, on l’avertit qu’il se trompe par trois battements de mains. S'il s'approche d'un obstacle dangereux, on lui crie selon le cas:

91- Kasu eskuin!...

Kasu ezker!...

Geldi!...

Attention à droite!...

Attention à gauche!...

Halte!...

Lorsqu’un des joueurs a été pris et identifié, c’est lui qui devient à son tour itsua. Et le jeu continue.

 

d Seconde façon de jouer

Une variante de cet amusement consiste à mettre une pelote entre les mains de l’enfant qui a les yeux bandés. Ses camarades les plus hardis s’approchent sans éveiller son attention et lui donnent une tape dans le dos tout en provoquant le dialogue suivant:

92 —Itsu-mitsua, (28)

    Nun duk pilota?

—Hementxe diat!

—Botazak hunat!

—Aveugle-aveugle,

    Où as-tu la pelote?

—Ici, je l’ai!

—Lance-là de ce côté!

Alors, l’enfant qui a les yeux bandés peut se hasarder à lancer sa pelote dans la direction de ceux qui l’interpellent ainsi. Quand l’un des joueurs est atteint, il est condamné à prendre la place de l’aveugle. En cas d’échec, on rend la pelote au malchanceux et la partie recommence.

 

(28) Redoublement avec m, pour marquer, semble-t-il, une certaine insistance. Cela pourrait vouloir dire: Aveugle, oui, aveugle!

Source: mes camarades d’école, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Estérençuby et aux Aldudes, 1920-1926.

Emazte (hiru) peharrarekin 9

93- Itzulipurdi Martin

 

Dans quelques villages montagnards, les petits Basques appellent itzulipurdi Martin la culbute que font parfois deux béliers antagonistes, à la suite de leur charge furieuse, l’un contre l’autre et tête baissée. C’est que, sous la violence du choc, ces animaux effectuent un tour complet sur eux-mêmes —itzulipurdia— avant de se retrouver sur leurs pattes. Traditionnellement le bélier, marroa ou aharia, est affublé du prénom de Martin. Les enfants, impressionnés et admiratifs devant l’impétuosité de cette bête, s’écrient chaque fois qu’ils s’amusent à faire des cabrioles dans l’herbe:

Itzulipurdi Martin!...

Culbute, Martin!...

Mais autant que possible en évitant de se cogner la tête...

 

94- Kosk Martin kosk !...

 

Sans quitter la bergerie basque et ses béliers, notons ce qui arrive lorsque deux enfants se cognent accidentellement la tête au cours de leurs jeux, et que la douleur ressentie fait naître des pleurs. On parvient aussitôt à faire rire les deux infortunés en leur criant:

Kosk!

Martin kosk!...

edo:

Kosk!

Marro kosk!...

Cosse!

Martin cosse!...

ou bien:

Cosse!

Bélier cosse!...

 

Et le mal est très vite oublié.


Source: mes souvenirs d’enfance, de 1920 à 1926, famille Duny-Pétré/Carricaburu, rue d’Espagne à Saint-Jean-Pied-de-Port.

 

Pierre Duny-Pétré 8-9 urte

Pierre Duny-Pétré, 8-9 urte

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  • Xirula Mirula de Pierre Duny-Pétré
  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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