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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 21:27

Avant-propos

Une culture basque orale et familiale


Pétré familia

Pétré familia, Donibane Garazin, 1912 inguruan. Eskuinetik : Catherine Carricaburu-Pétré (Pierre Duny-Pétréren amatxi), Jean-Baptiste Pétré, Jeanne Pétré, Marie Pétré (Pierre Duny-Pétréren ama) eta Pierre Pétré, bunetarekin (Pierre Duny-Pétréren aitatxi).

 

C’est en confrontant mes souvenirs personnels avec ceux de mes aînés que j’ai pu composer cet ouvrage. Il concerne le Pays Basque Nord, plus spécialement la Basse-Navarre, et plus précisément encore le «Pays» de Garazi d’où je suis originaire. Mes compatriotes bascophones me pardonneront donc les petites nuances dialectales que j’ai tenu à conserver dans certains cas, afin de rester fidèle soit à la prononciation locale, soit à la rime de quelques pièces versifiées. Bien qu’elles ne présentent qu’une importance très relative voici, à toutes fins utiles, quelques variantes caractéristiques du langage de Garazi: l’usage des i, à la place des u ou des e: ordian pour orduan, ziela pour zuela, etxia pour etxea, anderia pour anderea, etc. Des expressions telles que: bana pour bainan, gihil pour gibel, gohora pour gora, erten, erteko pour erraiten, erraiteko, etc. On ne trouvera pas ici une interminable compilation consacrée aux jeux de nos enfants, car je n’ai pas voulu me livrer à la fastidieuse énumération de toutes les variantes d’un même thème. Je n’ai nullement la prétention d’avoir épuisé un sujet aussi vaste que divers et c’est afin d’éviter d’inutiles répétitions que je n’ai retenu, le cas échéant, que les documents les plus représentatifs ou les mieux élaborés. Au cours de mes recherches, j’ai eu l’occasion de feuilleter le précieux recueil de Julien Vinson, Le Folk-Lore du Pays Basque, publié à Paris en 1883. J’y ai découvert, avec émotion, quelques textes pratiquement identiques à ceux que j’avais appris étant enfant au sein de ma famille. Evidemment, là encore, les variantes sont nombreuses et se manifestent parfois d’un village à un autre. Mais n’est-il pas réconfortant de noter la vitalité et la constance avec lesquelles nos petits avaient su conserver les traditions? Et cela jusque dans les jeux de la récréation scolaire où l’on défendait toujours de s’exprimer en langue basque... Un modèle de «résistance à l’oppression»!

 

Traductions, notes et sources

En regard de chaque texte basque, j’ai essayé de fournir une traduction féquivalente, dans la mesure du possible. Souvent, des notes, des explications détaillées, ainsi que des hypothèses ont été nécessaires. Mais rien n’est parfait.

Pour ce qui concerne les sources, on pourra peut-être s’étonner de la fidélité de ma mémoire. Mais, outre l’amour que j’ai toujours témoigné aux vieilles choses, c’est l’entourage familial qui fut pour moi exceptionnellement riche. Je veux parler du milieu dans lequel vivaient mes deux grand-mères. Ma grand-mère maternelle, à Saint-Jean-Pied-de-Port, exerçait la profession de couturière, et son atelier de la rue d'Espagne était toujours plein d'apprenties. Ces jeunes filles venaient non seulement des villages environnants, mais aussi des localités navarraises du Sud. Depuis ma naissance, je vivais donc dans une ambiance de chansons, de bavardages, et de plaisanteries basques, d'autant plus que ces demoiselles s'ingéniaient à m'apprendre toute la collection des puérilités avec lesquelles on amusait alors les enfants. Ma grand-mère paternelle était propriétaire de l’ancienne auberge-épicerie dans le village de Lécumberry. Or, très souvent, pendant les vacances scolaires, j’allais passer plusieurs semaines auprès d’elle. De nos jours, il n’est plus possible d’imaginer le genre de clientèle qui fréquentait autrefois l’établissement tenu par mon «amatxi». C’est un monde qui a disparu, en laissant comme seul souvenir ce que des témoins de mon genre n’ont jamais oublié. Là, se retrouvaient périodiquement les bergers ou les bûcherons qui descendaient d’Iraty, les paysans qui rentraient du marché de Saint-Jean-Pied-de-Port, ainsi qu’une quantité de personnages qui circulaient sur les mauvais chemins de cette époque : voituriers, charretiers, muletiers, maquignons, voyageurs de commerce, colporteurs, artisans ambulants, etc. Toute cette population s’attardait le soir autour de la grande cheminée, jouant au mus, chantant à plusieurs voix, ou racontant mille histoires, pendant que ma grand-mère, les manches retroussées, surveillait la viande qui rôtissait devant le feu, et faisait monter de temps en temps la grosse pierre du tourne-broche vers le plafond. Quant à moi, sans perdre un mot de ce que j’entendais, je me faisais tout petit dans mon coin, avec l’espoir qu’on oublierait de m’envoyer au lit.

Une autre source provient de la famille de mon épouse, Jeanne Idieder, originaire de la maison Haranburia, née dans la maison Moxoenia, à Iholdy (famille Idieder-Duhalde).

Voilà donc les sources principales de ma documentation. Mais en réalité, tout ce que j’ai appris dans mes jeunes années constitue un ensemble inséparable de la langue basque proprement dite. Car en ce temps-là, les petits enfants devenaient euskaldun aussi bien en famille que dans la rue. Malheureusement, cela ne se produit aujourd’hui qu’exceptionnellement.

 

Duny Familia

Duny-Broussain-Eraçarret familia, Dunienia etxea, Lekunberrin, 1905-1910. Xutik, ezkerretik eskuinerat : Jean-Baptiste Duny (brigadier de gendarmerie), Victor Duny (lieutenent infanterie coloniale), Jean-Pierre Duny (brigadier des douanes), Eugène Duny (brigadier des douanes). Jarrik, eskerretik eskuinerat : Joseph Duny ("Américain" aux USA, tué à la guerre en 1918), Catherine Duny (couturière), Marie Broussain (aubergiste, épicière, mariée à Jean Duny receveur des douanes, et remariée à Eraçarret), Charlotte Duny (aubergiste), Raymond Eraçarret ("Américain" au Chili).

 

Ene lehengo laguneri

 

Aspaldiko haur-lagunak,

Muttiko ta nekattoak,

Nafarroko herrikoak,

Zorigaitzez zahartiak,

Bai eta batzutan hilak,
Agur deneri, gaixoak !

 

Euskara karrikan baitzen,

Nun-nahitik erabiltzen,

Ikasi dugu mintzatzen,

Jostatzen eta samurtzen...

Bana laster irria zen

Haurren artian

Nausitzen !

 

Goxoa zen sukaldia,

Hauta, talo ta esnia,

Menditik urbil etxia,

Eliza, liliz betia,

Pilota-plaza, handia,

Eta ni, ttipi-ttipia!..

 

Oroitzapen horiekin,

Ene bihotzian dut min,

Bana zoin ezti den, behin,

Intzutia «Martin-Tortin»,

Ta«Harla-Marla-Kin-koan-Kin»,

Ametsetan ere berdin!

 

Donibane Garazitik

Piarres Hegitoa

 

Eskolan 2

Pierre Duny-Pétré bere eskolako lagunarekin

 

Formulettes éducatives & jeux d’enfants

 

Amuser, distraire, mais aussi instruire et corriger le petit enfant basque, voilà donc le programme très simple de son éducation pendant les premières années qui suivent sa naissance. A ce stade du développement humain, où donc la langue maternelle s’apprendrait-elle mieux que sur les genoux d’une mère?

Chaque famille met en oeuvre tout un arsenal de formulettes plus ou moins bien versifiées, qu’il s’agit non seulement de réciter mais parfois de mimer devant le petit, afin de capter son attention. Le respect du rythme, grâce à l’articulation bien nette de chaque syllabe, revêt alors une très grande importance. C’est que l’éducation artistique d’une personne commence, évidemment, dès sa plus tendre enfance. Et nous aurions tort de négliger tous ces petits riens, apparemment insignifiants, trop souvent considérés comme d’inutiles puérilités.

 

Amusement et correction des petits

Au commencement était le bébé ! Bien sûr, c’est du tout petit enfant qu’il sera question tout d’abord. Dès qu’il sort du berceau et qu’il arrive à marcher, voilà de nouveaux tracas en perspective pour sa famille. Mais le meilleur moyen de le surveiller n’est-il pas, en un certain sens, de le distraire et de lui apprendre à s’amuser?

Certes, le choix des divertissements est plutôt limité pour un enfant qui prend à peine conscience de son environnement. Il réclame, avant tout, une présence amie. Il faut s’occuper de lui, l’aider dans ses découvertes et l’initier à tout ce qui fera de ce bébé un véritable «petit Basque». Lui parler dans sa langue ancestrale ne suffira pas. On va donc le faire participer à des jeux puérils agrémentés de formulettes naïves.

Par ailleurs, il sera nécessaire de corriger l’enfant lorsqu’il se montrera insupportable et capricieux. Mais, là encore n’existe-t-il pas un style basque ? Souvent, ne pourra-t-on pas mettre à profit une banale correction afin de lui apprendre quelque chose d’utile pour son âge? C’est ce que nous allons voir dans les pages qui suivent.

 

Karel Appel Garçon ancien 1950, 110-50

Karel Appel-ek margoturik: "Garçon ancien", 1950, oihalean olioz, 110 zm x 50 zm

 

1- Eskuaren ehiak

 

Ehi ttittila,

Haren mutila,

Jaun Petri,

Jaun Pello,

Zorri hiltzalia.

 

Les doigts de la main

Pour aider le jeune enfant à prendre conscience des diverses parties de son corps, on l’amuse parfois en personnifiant les doigts de sa main, d’une façon fantaisiste autant que burlesque:

Le petit doigt,

Son valet,

Monsieur Pierre,

Monsieur Pierrot,

Le tueur de poux.

 

Ehi ttipia,

Eraztun ehia,

Ehi handia,

Ehi trebesa,

Behatza, (edo ehi pototsa).

 

En français, ces mêmes doigts sont habituellement désignés ainsi:

Le petit doigt,

Le doigt de bague,

Le grand doigt,

Le doigt pointeur,

Le pouce, (ou le gros doigt).

 

Emazte bat haurrekin zaldiaren gainean

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Published by Pierre Duny-Pétré
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  • : Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
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