Recueil de comptines, de jeux, de chants, d'expressions populaires en langue basque, province de Basse Navarre au début du XXe siècle. Haur kantu, haur joko eta erranaldi bilduma, ahozko haur literatura, papaitak, zuhur hitzak Garazin
15- Itsasoa laño dago
Itsasoa laño (1) dago,
Baionako barraraino:
Nik zu zaitut maiteago
Xoriak beren umeak baino!
Aita gutaz orroit dago,
Lano pean gaueraino:
Nik zu zaitut maiteago
Arraintxuak ura baino!
Afaria suan dago,
Bero-beroa, sarridino:
Nik zu zaitut maiteago
Egur onak sua baino!
Izar xuriz mila dago,
Iparretik hegoraino:
Nik zu zaitut maiteago
Ilargiak gaua baino.
Lo egizu, egizu lo,
Deskansuan bihar artino:
Nik zu zaitut maiteago
Ilun beltzak loa baino!
Orai haurra, hor lo dago.
Lo egizu, aingeruño:
Nik zu zaitut maiteago
Zure aitak nihaur baino.
La mer est calme,
Jusqu’à la barre de Bayonne:
Moi je vous aime encore plus
Que les oiseaux (n’aiment) leurs petits!
Papa pense à nous,
Dans le brouillard jusqu’à la nuit:
Moi je vous aime encore plus
Que les petits poissons (n’aiment) l’eau!
Le souper est sur le feu,
Tout chaud, pour bientôt:
Moi je vous aime encore plus
Que le bon bois (n’aime) le feu!
Des étoiles blanches sont là par milliers,
Depuis le nord jusqu’au sud:
Moi je vous aime encore plus
Que la lune (n’aime) la nuit!
Dormez, dormez,
Dans la quiétude jusqu’à demain:
Moi je vous aime encore plus
Que la nuit noire (n’aime) le sommeil!
Maintenant, l’enfant dort là.
Dormez, petit ange:
Moi je vous aime encore plus
Que votre père (ne m’aime) moi-même!
(1) Laño qui signifie plat, uni, ou calme, ne doit pas être confondu avec lano qui signifie brouillard et parfois nuage.
Référence: Recueil Charamela, page 59, Bayonne 1958.
Née dans les familles basques du rivage atlantique, cette chanson est peut-être la plus émouvante du genre, si l’on tient compte de la poésie qui s’en dégage, sans effort apparent, avec une merveilleuse spontanéité. Tout doucement, elle exprime et développe les sentiments de la jeune maman qui ne saurait dissocier sa tendresse maternelle de l’amour qu’elle éprouve pour son époux en danger sur la mer. Quant à la musique, très sobre avec un rythme longuement balancé, elle pourrait convenir tout aussi bien au matelot qui chanterait les mêmes vers dans la houle de l’océan.
Zitadelako karrikan, Donibane Garazi
16- Pin-pin xoria
Pin-pin xoria,
Xori papo gorria,
Pan, pan! zaparta,
Xori salsa on baita!
Pin-Pin xoria,
Xori moko horia,
Xo, xo! goaita,
Erbi bat heldu baita!
La mésange,
Le rouge-gorge,
Pan, pan! éclatement,
Car la sauce d’oiseau est bonne!
La mésange,
L’oiseau à bec jaune,
Chut, chut! à l’affût,
Car un lièvre arrive!
Source: mes souvenirs d’enfance, de 1922 à 1930, famille Broussain/Harguideguy, épicerie-auberge de Lécumberry.
Ces petits quatrains puérils sont chantés avec le bébé. La répétition des pin-pin ou des pan-pan a généralement le don de le divertir. Ils donnent aussi l’occasion d’intéresser les enfants à quelques hôtes familiers de la campagne basque : la mésange, le rouge gorge, le lièvre...
17- Hiru xito izan
Hiru xito izan, eta lau galdu,
Xito heien ama, nork jan du?
Axeri batek jan zion lepoa,
Bainan nun ote zen oiloa?
Purra, purra!... egin nion bortatik
Kukuruku!... jin zait eltzetik...
Leku onetik!
Leku onetik!
Trois poussins éclos, et la perte est de quatre,
La mère de ces poussins, qui l’a mangée?
Un renard lui mangea le cou,
Mais où donc était la poule?
Purra, purra!...(1) fis-je depuis la porte,
Kukurruku!... m’est venu depuis le pot...
Du bon endroit!
Du bon endroit!
(1) Purra, purra! Cris poussés traditionnellement dans les fermes basques pour appeler les poules de la basse-cour, tout en leur lançant des poignées de grain. Au Pays de Cize, on peut entendre en particulier: «Purra, purra!... ttit, ttit, ttit, ttit!»
Source: famille Idieder/Duhalde, 1954, à Iholdy.
Sur un air qui s’inspire du Makil-jantza des danseurs labourdins, cette minuscule chanson burlesque se réfère évidemment à la vie paysanne. Hiru xito izan est aujourd'hui repris par le célèbre ensemble choral professionnel de Tolosa, Kup taldea. Savamment harmonisé, il fit l'objet d'une époustouflalte interprétation, lors d'un concert donné en l'église de Baigorri le 28 août 2011 (12e festival de Basse-Navarre).
18- Jaun Kaputxin
Jaun Kaputxin bizar handi,
Jesusen ganat etorri.
Astoak jan zion bizarra,
Ustez eta zen belarra!
Asto zikin milatua,
Handia duk bekatua.
Makil huntarik jastazak,
Joanen dituk hire hatzak!
Jaun Kaputxin bizar gorri,
Barka zozu asto horri.
Garbi bazinu bizarra,
Ez lidurike belarra!
Monsieur le Capucin à grande barbe,
(Est) venu auprès de Jésus.
L’âne lui mangea la barbe,
En croyant que c’était du foin!
Ane sale et maudit,
Tu l’as grand le péché.
Goûte à ce bâton,
Tes démangeaisons s’en iront!
Monsieur le Capucin à barbe rouge,
Pardonnez à cet âne.
Si vous aviez la barbe propre,
Elle ne ressemblerait pas à du foin!
Source : mes souvenirs d’enfance, de 1914 à 1920, familles Duny-Pétré/Carricaburu, rue d’Espagne à Saint-Jean-Pied-de-Port. Voir la version plus complète (sept couplets) publiée dans le recueil Kantu kanta kantore, page 188, Bayonne, 1967.
19- Neure dotea
Aitak eman daut dotea,
Neurea, neurea:
Urdeño bat bere umekin,
Oilo koloka bere xitoekin,
Tipula-korda heiekin!
Otsoak jan daut urdea,
Neurea, neurea:
Axeriak oilo koloka,
Garratoinak tipula korda,
Adios neure dotea!
Mon père m’a donné la dot,
La mienne, la mienne:
Une truie avec ses petits,
Une poule glousse avec ses poussins,
Une corde d’ail avec eux!
Le loup m’a dévoré le porc,
Le mien, le mien:
Le renard, la poule glousse,
Le rat, la corde d’ail,
Adieu ma dot!
Source : Famille Idieder/Duhalde, 1954 à Iholdy.
